Voici un autre objet qui traduit la mutation d’un des différents niveaux de pertinence dans le parcours génératif de l’expression de la pratique « offrir un cadeau ».  Dans le schéma narratif de cette pratique, le sujet, celui qui a pour mission d’offrir le cadeau, doit trouver un présent (l’objet de la quête) qui puisse plaire au destinataire, ici celui qui reçoit le cadeau. Plusieurs actants peuvent intervenir comme adjuvants de cette quête. C’est le cas des publicités qui sont sources d’inspiration, ou de la personne -ami, vendeur- qui aide le sujet-acheteur dans le choix de la thématique du cadeau. Le temps, les moyens financiers et les stocks peuvent jouer quant à eux des rôles d’opposants. Dans le contexte d’un cadeau d’anniversaire, les destinateurs de la quête seraient la date d’anniversaire, l’événement de célébration et de réunion et plus généralement la tradition qui contraint le sujet à réaliser cette quête. Notons que dans le cas d’un individu-sujet qui offre un cadeau qui lui plaît avant de satisfaire le plaisir de l’autre, le schéma narratif est quelque peu modifié. Dans ce cas, le sujet est également destinataire du cadeau à offrir puisqu’il se met à la place du receveur, et le « vrai » receveur peut être un opposant si ses goûts ne correspondent pas à ceux du sujet-destinataire.

 

Figure 56. Proposition (1) d’un rôle actantiel pour la box cadeau

 

L’intérêt dans le choix de la box cadeau est la possibilité pour le destinataire de choisir son cadeau, ou vu autrement, l’avantage pour l’acheteur (sujet S1), qui doit faire un cadeau mais conscient de son inaptitude à le choisir -dominée par un savoir ne pas faire-, d’offrir un cadeau qui plaise au destinataire. Le destinataire devient alors le sujet d’une quête qui lui est destinée : celle de s’offrir un cadeau qui lui plait -un vouloir faire-. Celui qui, à l’origine offre le cadeau, offre finalement une liberté contrainte de choix au destinataire, ce qui, par une combinaison modale, peut se traduire par un transfert de capacité dominée par un vouloir-faire plaisir qui devient un vouloir se faire plaisir. Le prix de la box cadeau détermine la valeur du choix, donc celui du cadeau et contraint ainsi la liberté du destinataire. Le choix de la thématique, relativement large, (séjour, bien être, aventure, gastronomie, etc.), est à la charge de l’acheteur. La box cadeau fonctionne par affiliation entre la société et les entreprises adhérentes au projet. Le choix se fait donc aussi en fonction de l’offre proposée par les entreprises-partenaires de la box cadeau.

Le modèle actantiel de la quête de trouver/choisir un cadeau est alors modifié avec la box cadeau. Elle se fait en deux temps : un sujet 1 (S1) est l’acheteur de la box cadeau qui est l’objet de sa quête pour offrir un présent qui fasse plaisir au destinataire ; Le sujet 2 (S2), au préalable destinataire de la quête précédente, choisit après réception de la box cadeau le présent qui lui convient en fonction du choix que le sujet S1 lui a en quelque sorte offert. Ces deux schémas actantiels peuvent se visualiser de cette manière ci :

 

Figure 57. Proposition (2) d’un rôle actantiel pour la box cadeau

 

Contrairement à une quête plus traditionnelle pour offrir un cadeau, où le destinataire n’est pas sujet de sa propre quête, cette nouvelle configuration du schéma actantiel de la quête « offrir un cadeau » intègre une différence dans les niveaux du parcours d’intégration canonique faisant intervenir les pratiques. Le choix de la box cadeau dématérialise en quelque sorte l’objet-support pour devenir un objet-notice où le texte inscrit sur l’objet dit la manière dont s’organise la pratique, à savoir comment sélectionner un cadeau parmi le choix proposé à l’intérieur. L’objet-notice est présenté sous forme d’inventaire avec pour chaque offre : un visuel, une description, le programme, les informations pratiques et les accès, rubrique « à découvrir » et la carte google map. Le texte-notice a un double mouvement : un mouvement descendant où la pratique est intégrée au texte comme préfiguration discursive, et un mouvement ascendant où le texte obtenu est intégré à l’objet et à la pratique qui le construit, comme inscription. On parle alors de mouvements combinés.

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